Petite histoire de l'unit-organ ou orgue à dédoublement

en entrant ces termes dans un moteur de recherche, on obtient facilement des définitions, des dates, des références ;
je propose ici un petit résumé très succinct d'un aspect de l'orgue souvent méconnu et presque toujours décrié

Avec l'amélioration des la mécanique, et dès que la transmission pneumatique et les diverses machines d'aide à l'ouverture des soupapes sont apparues, à la fin du XIXème siècle, les facteurs (souvent à la demande des organistes d'ailleurs) ont pu gonfler artificiellement le nombre de jeux à la console, en utilisant un même rang de tuyaux sous diverses tessitures (16, 8, 4..) ; quelquefois, en multipliant seulement les accouplements à l'octave grave et aigüe, et même les plus prestigieux facteurs en ont usé!

Si cela est surtout destiné à faire plus de bruit dans les mesures finales d'une symphonie romantique par exemple, l'inconvénient est double : présence de "trous" dans l'harmonie, si un même tuyau est sollicité par plusieurs jeux au même instant ; et mise à mal de l'harmonie, car la personnalité d'un jeu ne se réduit pas à la hauteur du son émis : un principal 8 joué à l'octave aigüe ne sonne pas partout comme un prestant de 4 pieds.

Cela se développe avec l'apparition et la multiplication de la transmission électro-pneumatique, puis électrique (on y revient aussi aujourd'hui avec la transmission électronique !) ; mais l'apogée est atteinte avec "l'orgue de cinéma", où les effets destinés à distraire le spectateur pendant les entractes, ou en accompagnement des films muets sont la priorité. C'est ainsi qu'apparaissent les noms de Hope-Jones, Wurlitzer, Aeolian Skinner, Christie, etc... consoles en fer à cheval, trémolos accentués, bruits de vaisserlle cassée et corne de brume, et j'en passe ; on compte alors en rangs plutot qu'en jeux.

Les facteurs d'orgues classiques ne sont pas en reste, certains ont abusé du stratagème, d'autres ont su se limiter à quelques ajouts qui ne portent pas préjudice à l'équilibre sonore (qui peut prétendre distinguer une flûte de pédale dédoublée en 16, 8, 4, de trois jeux réels, bien plus encombrants ? idem pour une bombarde étendue en 16 8 4 ) mais aussi, et on en arrive à l'instrument que je présente dans ces pages, ce sera l'occasion de présenter des petits orgues de travail de 2 ou 3 rangs, peu coûteux, et destinés à des particuliers ou à de peites chapelles ou églises (serie "Unit" de Jacquot-Lavegne", très répandue après la 2ème guerre mondiale, par exemple)

Bien sûr, dans les inventaires et descriptions d'orgues parus depuis, les auteurs s'acharnent à détailler les défauts de ces instruments, en arrivent même à ce que les organistes culpabilisent, ou aient honte de toucher un tel orgue; pourtant, c'est aussi ce qui a permis à la musique d'orgue de se répandre après-guerre, lorsque nombre d'instruments avaient disparu, ou à des organistes, d'acquérir un instrument de travail abordable. D'ailleurs, si on compare le nombre d'instruments suivant les pays, dans les pays anglo-saxons ou aux Pays-Bas par exemple, on s'aperçoit que la moindre chapelle ou temple sont équipés d'un petit orgue unit, souvent modeste ou sans prétention ou plus prestigieux (Verschueren, Vermeulen, De Wicks, etc..) mais qui contribuent à une large diffusion de la musique d'orgue.

Pour conclure, quelques exemples de registrations possibles avec l'orgue présenté ici (deux rangs : flûte 8-4-2 2/3 et principal 8-4-2 - 1 3/5 - 1 1/3)

en jeux réels : Fl 8 Pr 4 ou Fl 8 Pr 2 ou Pr 8 Fl 8 ou Pr 8 Fl 4 avec à la pédale Fl 8 - 4 et soubasse acoustique16

avec dédoublement, on peut avoir un 8-4-2, ou un solo 8-4-2 2/3, ou 8- 2 2/3 - 1 3/5 etc... évidemment, pas de tutti !

ainsi, de multiples possibilités de timbres, que ne permet pas un instrument de deux jeux réels seulement ! La difficulté reste l'harmonisation, il faut adoucir les dessus, sinon l'ensemble devient vite criard et désagréable.